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dimanche 07 septembre 2008

Bondues : Eugène Dodeigne, offert dans ses Muses et ses élans de roc

 Eugène Dodeigne, 85ans, et «son inséparable épouse» (dixit le maire), Michèle. Enfants et petits-enfants étaient aussi présents, vendredi soir, à l'Espace culturel. :  La Voix du Nord Eugène Dodeigne, 85ans, et «son inséparable épouse» (dixit le maire), Michèle. Enfants et petits-enfants étaient aussi présents, vendredi soir, à l'Espace culturel. : La Voix du Nord

Enraciné à Bondues depuis 1950, Dodeigne pose une troisième pierre dans la cité, devant l'espace culturel ouvert vendredi. Une fois encore, ses oeuvres profondes parlent pour lui. Avare de mots, mais pas de sourires et de baisers. PAR CHRISTIAN FURLING

lambersart@lavoixdunord.fr Vendredi soir, alors qu'Eugène Dodeigne vient de quitter l'espace culturel, le ciel se déchire dans ses couleurs : gris d'orage et vives pâleurs. La chevauchée céleste a le souffle de ses élans de pierre que rien n'arrache au sol. Là, chemin du Pot-de-Fer, dans cette campagne loin de tout, il a bâti sa maison. À quelques volées de cloches de l'église de Bondues, il s'est ancré à la seule terre du Nord.

Dodeigne vient donc d'insuffler une âme à l'espace culturel. Devant l'équipement tant attendu, Trois Muses forment une luisante écriture de corps. « C'est une troisième pierre posée à l'évidence, au bord de la route, pour dire : mais oui, ce grand artiste est de chez nous », résume le maire, Patrick Delbarre.

Les deux autres pierres bonduoises sont à la maternelle Van-der-Meersch et au Fort et portent d'essentielles valeurs. Mais les colosses d'Eugène ont essaimé (Lille, Valenciennes, Septentrion à Marcq, Vienne, Amsterdam, Caracas, Washington...). Humanités sans âge.

« La sculpture est un métier très dur mais très beau, lâche Eugène Dodeigne. Quand ça s'arrête, on voit ce qu'on a fait. » Durable trace offerte au regard, durablement captée. Pas de théorie. « Ce qui compte, c'est le besoin de créer, dans la pierre. » Besoin né au côté de son père, tailleur de pierre. À 13 ans, Eugène façonne avec lui des monuments funéraires. Le soir, il va aux Beaux-Arts à Tourcoing, puis à Paris où il coiffe au poteau César.

Toute son oeuvre mâture naîtra au grand air bonduois. « Il la laisse parler pour lui, mais, même dans l'intimité, c'est un homme de peu de mots », sourit son petit-fils, Eugène, informaticien. Qu'ajouter, il est vrai, à la justesse des lignes et à l'intensité des tensions ?

Ici, les dessins offrent des torrents charnels, l'étroite brassée de chair où enfle l'énergie vitale.

Des visions ? « Non, il y a toujours quelqu'un qui pose, et je travaille beaucoup avec des danseurs », livre Dodeigne.

D'où les saisissants mouvements des Dix Plaies d'Égypte. Avec Eugène, aller droit au but. Direct, il crée. Direct, il embrasse ses amis, ses proches, attentif, souriant, rieur, l'oeil bleu délavé mais toujours aigu. Touché par les attentions. Touché d'avoir touché.

Ceux qu'il a changés sont là. Germain Hirselj, mouvallois et jeune historien d'art, lui tend un livret de photos de ses oeuvres, exemplaire unique. « C'est beau », dit le maître, heureux aussi de l'accrochage. Sylviane Léger, sculptrice grâce à lui, se jette à son cou, pour le remercier. Et de sa propre traversée, que pense-t-il ? « Je la vois comme la vie de n'importe qui. »

Telle les autres, la phrase est sans appel. •

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